Contexte et défis

Quel est votre rôle au sein du projet et de l’équipe Oxfam à Dekese?

Je travaille pour Oxfam comme Responsable du Projet agricole rural de conservation du complexe de la Salonga. Je suis responsable d’une équipe de 18 personnes ici à Dekese ainsi que de la planification des ressources financières et des équipements. L’équipe Oxfam est composée d’une douzaine d’animateurs communautaires, d’experts agricoles et de personnel d’appui. De manière quotidienne, j’assure que les normes d’Oxfam sont respectées dans toute la mise en œuvre de nos activités.

Quels sont les défis que rencontrent actuellement les communautés ?

Les communautés autour du parc – à Oswhe, Dekese, Kole et Lomela- sont très isolées comparées aux autres parties du pays. Les routes sont presque inexistantes et les activités économiques sont limitées. Face à cette situation, les communautés sont poussées vers le braconnage intense pour pouvoir obtenir de l’argent. Il existe une forte demande des centres urbains en viande de brousse y compris des espèces protégées et en provenance du commerce d’ivoire. C’est un danger réel, premièrement pour ces communautés parce qu’il est illégal et pour le reste de la planète parce qu’il amène certaines espèces au bord de l’extinction.
Dans la région, les communautés autochtones sont marginalisées pour des raisons culturelles et coutumières. Des générations ne peuvent accéder qu’à des terres marécageuses qui ne sont pas propices pour l’agriculture. La terre arable ne leur est pas accessible ce qui les rend encore plus dépendant des produits de la forêt.
J’ajouterais également que les communautés connaissent des graves problèmes de santé, surtout en raison de l’eau de rivière qu’elles consomment.

Thierry Tshitundu, chef de projet d'OXFAM du projet PARCCS (Projet agricole et rural pour la conservation du complexe de la Salonga) basé à Dekese

OXFAM
La nature est la grande source d’où nous tirons la vie et l’énergie. Je pense qu’il est du devoir de chacun de participer à sa conservation. Les populations doivent être au centre de ce processus.

Les fermes pilotes et le rôle des femmes

Quel est le travail d’Oxfam au sein des communautés autour du Parc national de la Salonga?

Oxfam travaille avec les communautés pour les appuyer dans la production agricole respectueuse de l’environnement. Les fermes pilotes sont mises en place comme des lieux où l’on peut apprendre comment augmenter la productivité. Les agriculteurs peuvent ensuite appliquer ces connaissances sur leurs propres terres.
Nous accompagnons aussi les communautés de paysans pour faire transporter leur production vers les principaux marchés. De cette manière, les populations peuvent obtenir un revenu pécuniaire et sont moins dépendantes des ressources du parc. Avec la vente de leurs produits, les femmes agricultrices en particulier améliorent leurs conditions de vie et ont l’opportunité d’envoyer leurs enfants à l’école, d’accéder aux soins de santé et même d’améliorer les sources d’eau potable.
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Pouvez-vous nous parler un peu plus de l’approche inclusive d’Oxfam ?

Bien que les femmes jouent un rôle important dans les activités agricoles, elles jouissent de peu de droits dans les communautés. Au cours de nos formations et de nos activités nous visons une participation égale de tous les sexes.

Oxfam fait la promotion des initiatives des femmes et éduque les communautés sur comment réduire le travail des enfants dans les champs. Nous appuyons également un espace de plaidoyer, le Conseil rural de gestion que nous avons créé avec la communauté. Le conseil a été mis sur pied pour assurer des consultations  et répondre aux problèmes rencontrés par les communautés, par exemple la défense de leurs droits face au secteur privé et à l’Etat. Dans un processus transparent, le conseil a déjà un accord sur les taxes agricoles. Actuellement, la question de l’accessibilité des routes est en discussion afin d’arriver à une solution satisfaisante qui encourage la participation des services publics (l’Etat) appuyés par les organisations d’agriculteurs.

»Bien que les femmes jouent un rôle important dans les activités agricoles, elles jouissent de peu de droits dans les communautés. Au cours de nos formations et de nos activités nous visons une participation égale de tous les sexes.«
Thierry Tshitundu

Impacts and next steps

Quels sont les impacts les plus marquants de l’action d’Oxfam jusqu’ici?

Jusqu’ici, je dirais que le plus grand impact est l’éveil de l’esprit associatif et de la dynamique communautaire dans le contexte des activités agricoles. Maintenant, les organisations paysannes et les comités locaux de développement sont mieux structurés. Dans les associations, le travail des agriculteurs est moins pénible. Les messages de sensibilisation à la conservation de la nature sont bien reçus. Au cours de la première année, nos activités autour des 3041 ménages de Dekese ont déjà été réalisées. Lors de la première saison agricole courte de 2018, 90 600 tonnes de manioc, de maïs, de riz et d’arachides ont été produits.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous développons maintenant des partenariats public-privé et préparons la production de la grande saison. Par exemple, nous avons développé un partenariat avec une entreprise experte dans l’installation de palmeraies. Cette société dispensera une formation aux communautés qui souhaitent s’engager de manière plus professionnelle dans la production d’huile de palme. Elles pourront ensuite revendre à l’entreprise l’huile de palme produite .

Un autre partenariat est en cours avec une entreprise dans le secteur du caoutchouc.

Des formations sont prévues pour renforcer les capacités des coopératives dans la transformation des produits agricoles et la gestion des stocks afin d’assurer une bonne répartition des ventes dans le temps, en tenant compte des besoins des ménages et de la planification de la saison suivante.

D’autres formations porteront sur l’entretien des routes et la construction d’installations de stockage des produits agricoles. Nous travaillons également sur le plan de la relance agricole qui permet aux communautés de connaître leur niveau de production et leur rendement afin d’améliorer leurs résultats d’une saison à l’autre.

 

»Un projet de développement durable réussi doit être conçu pour répondre aux attentes des communautés bénéficiaires. Dès le début, nous invitons tout le monde à réfléchir aux problèmes auxquels ils sont confrontés et à en comprendre les causes sous-jacentes. Les communautés sont activement impliquées dans la recherche de solutions alternatives à leurs problèmes. Seule une véritable appropriation des solutions conduira à une plus grande résilience.«
Thierry Tshitundu