À 80 ans, Joseph Eonga Impuma n’a rien perdu de sa passion. Après une longue retraite dans son village de Kankonde, territoire de Bokungu, , il a ressorti ses vieux outils et repris le chemin de l’atelier. « Je veux que mes œuvres parlent de notre contrée aux visiteurs qui viendront nous voir bientôt », confie-t-il.

Son parcours est celui d’un artiste forgé par un accident de son histoire personnelle. Dans les années 1960, alors qu’il se préparait à devenir prêtre, une rencontre avec des ivoiriers (sculpteurs de l’ivoire) venus travailler à Bokela changea son destin. Fasciné par leurs récits et leur standing de vie, le jeune séminariste abandonna le chemin de l’Église pour celui de la sculpture. Rapidement, il maîtrisa l’art de transformer l’ivoire en œuvres d’art et écoulait ses pièces jusque dans la capitale, Kinshasa. Voyageurs, expatriés et collectionneurs faisaient la renommée de ses œuvres.

Lorsque la réglementation internationale interdit le commerce des défenses d’éléphants pour protéger l’espèce en danger, Joseph se reconverti en ébéniste. Sculptures, meubles et objets décoratifs en bois prirent la relève des œuvres en ivoire avec le même succès. Mais, en 1997, la guerre qui entraina la chute du régime du président Mobutu mit brutalement fin à cette réussite. Le départ des expatriés et l’enclavement, de fait de la région firent effondrer le marché. Joseph se tourna alors vers l’agriculture et la pêche pour survivre.

Aujourd’hui, l’artiste voit une nouvelle lueur d’espoir. Le Parc National de la Salonga développe un projet d’écotourisme à Botshima, à quelques kilomètres de son village. L’arrivée attendue de visiteurs et touristes lui redonne confiance. « Les touristes aiment ramener des souvenirs. Moi, je veux leur montrer le savoir-faire de ma contrée », affirme-t-il.

Dans son hangar, les premières pièces reprennent forme : statuettes, masques, objets traditionnels. Les villageois, intrigués, viennent voir l’octogénaire sculpter avec la même précision qu’autrefois. Certains rêvent déjà de suivre ses pas.

Au-delà de la renaissance personnelle de Joseph, c’est tout un symbole pour la région. Le projet d’écotourisme ne se limitera pas à la conservation de la biodiversité de la Salonga. Il sera aussi une vitrine pour la culture locale et un levier de développement. La résurgence du savoir-faire artisanal montre que l’économie locale peut se diversifier, mêlant protection de la nature et valorisation du patrimoine.

« Si les jeunes reprennent l’art, alors rien n’aura été perdu », conclut Joseph, sourire aux lèvres. À travers lui, c’est la mémoire d’une contrée et d’un art en voie de disparition qui s’offre une seconde vie, portée par les promesses de l’écotourisme.