Le Parc national de la Salonga poursuit sa transformation. Les avancées enregistrées en 2026, réalisées dans le cadre du partenariat entre l’ICCN et le WWF, témoignent d’une dynamique de conservation qui associe protection de la biodiversité, gouvernance renforcée et développement local.

Le plus vaste parc forestier tropical d’Afrique renforce progressivement ses capacités de gestion, modernise ses infrastructures, prépare l’avenir du tourisme durable et multiplie les initiatives en faveur des communautés riveraines.

Les réalisations enregistrées au cours de l’année 2026 s’inscrivent dans un processus engagé depuis plusieurs années pour renforcer la conservation de ce site exceptionnel du bassin du Congo, améliorer sa gouvernance et développer des opportunités pour les communautés riveraines.

Le partenariat de cogestion entre l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et le WWF poursuit un objectif clair : faire de la Salonga une aire protégée répondant aux meilleurs standards internationaux tout en démontrant que la conservation peut aussi être un moteur de développement pour les populations qui vivent autour du parc.

Mieux gérer pour mieux protéger

La première évolution est moins visible que les nouvelles infrastructures, mais elle est sans doute la plus déterminante : la manière dont le parc est géré.

Cette année, la Salonga a encore amélioré son score IMET, l’outil international qui mesure l’efficacité de gestion des aires protégées. Avec 64,35 %, contre 63,22 % lors de l’évaluation précédente, le parc se maintient désormais dans la catégorie des sites dont la gestion est reconnue comme efficace au niveau international.

Ce résultat traduit bien davantage qu’une progression statistique. Il témoigne d’une organisation plus performante, d’une meilleure planification, d’une prise de décision plus structurée et d’une autonomie accrue accordée aux équipes de terrain. Dans un territoire de plus de 36 000 kilomètres carrés, où chaque mission peut durer plusieurs jours, cette évolution constitue un levier essentiel pour améliorer durablement la conservation.

L’objectif est désormais clairement affiché : poursuivre cette progression afin de faire entrer la Salonga parmi les aires protégées les plus performantes d’Afrique.

Quand la logistique devient un outil de conservation

Protéger un territoire aussi vaste exige des moyens à la hauteur des défis.

Pendant longtemps, les distances, l’état des pistes et l’isolement de certaines zones limitaient les capacités d’intervention des équipes. Aujourd’hui, ce paysage logistique change rapidement.

Sur les rivières, véritables autoroutes naturelles de la Salonga, une première barge assure déjà le transport des équipements lourds, tandis qu’une seconde viendra bientôt renforcer cette capacité.

De nouvelles pirogues motorisées, des motos, un véhicule tout-terrain, un tracteur ainsi que le renforcement de la maintenance des moteurs hors-bord complètent progressivement un dispositif logistique pensé pour répondre aux réalités du terrain.

Ces investissements ne sont pas spectaculaires uniquement par leur ampleur. Ils changent concrètement la manière dont les écogardes travaillent, réduisent les délais d’intervention et facilitent l’approvisionnement des bases les plus reculées.

Construire aujourd’hui le parc de demain

Partout dans le parc, les infrastructures sortent progressivement de terre.

À Yokelelu, de nouveaux logements améliorent les conditions de vie des équipes. Le camp des écogardes prend forme tandis que de nouvelles habitations sont encore en construction.

À Monkoto, l’accès à l’eau potable devient une réalité grâce à une nouvelle adduction d’eau. Les futures centrales solaires de Monkoto et de Yokelelu annoncent quant à elles une transition vers des sources d’énergie plus fiables et plus durables.

À Bekongo, un centre de formation permettra bientôt de renforcer les compétences des écogardes, tandis qu’un nouveau centre de commandement viendra améliorer la coordination des opérations sur l’ensemble du parc.

À cela s’ajoutent un second pont désormais achevé, un nouveau hangar logistique et plusieurs bâtiments administratifs qui renforcent progressivement les capacités opérationnelles de la Salonga.

Pris séparément, chacun de ces ouvrages répond à un besoin précis. Ensemble, ils dessinent un parc mieux équipé, plus résilient et davantage préparé aux défis de demain.

Les bonobos ouvrent la voie au tourisme durable

Dans les profondeurs de la forêt, une autre aventure progresse avec patience.

Chaque jour, les équipes poursuivent le délicat travail d’habituation des bonobos, une étape indispensable pour permettre, à terme, l’observation de ces grands singes dans des conditions respectueuses de leur comportement naturel.

Ce travail de longue haleine constitue le socle du futur écotourisme de la Salonga.

Les dix bungalows ainsi que le restaurant du lodge Elia à Yokelelu sont désormais achevés. Les équipements nécessaires au fonctionnement du lodge sont déjà sur place et le recrutement des futurs employés locaux est terminé. En parallèle, les équipes poursuivent l’identification des expériences qui pourront être proposées aux visiteurs, avec l’ambition d’offrir une immersion authentique dans l’une des dernières grandes forêts tropicales préservées de la planète.

Au-delà du tourisme, la Salonga s’invite également dans les espaces culturels. Une exposition de peintures inspirées du parc, présentée à Kinshasa avant de rejoindre Bruxelles, contribue à faire découvrir cette aire protégée à un public toujours plus large.

Quand la conservation améliore aussi le quotidien

La réussite d’une aire protégée ne se mesure pas uniquement à l’état de sa biodiversité. Elle dépend aussi de la qualité des relations qu’elle entretient avec les communautés qui vivent à sa périphérie.

À la Salonga, cette conviction se traduit par des investissements concrets.

Des routes d’intérêt local ont été réhabilitées pour faciliter les déplacements des populations et l’accès aux marchés. Deux nouveaux ponts en béton relient désormais Botsima à Bokela, améliorant durablement la mobilité dans cette partie du paysage.

L’agriculture bénéficie également d’un accompagnement soutenu. Des centres de transformation du manioc et du maïs sont désormais opérationnels, tandis que des greniers équipés de décortiqueuses modernes permettent aux producteurs de riz de mieux valoriser leurs récoltes.

À Dekese, 160 champs-écoles diffusent des pratiques agricoles plus performantes. Les producteurs reçoivent des semences, des outils, des formations ainsi qu’un accompagnement dans les filières cacao et café.

Les femmes figurent parmi les premières bénéficiaires de cette dynamique. À Bokela, trente-cinq jeunes filles-mères suivent actuellement une formation en coupe et couture qui leur ouvre de nouvelles perspectives professionnelles. À Monkoto, des associations féminines développent le maraîchage grâce à la distribution de semences et d’équipements agricoles.

Les pêcheurs renforcent leurs activités grâce à de nouveaux intrants, les apiculteurs développent leur production et les éleveurs bénéficient de porcs de races améliorées.

Enfin, les Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) poursuivent leur essor. Vingt-cinq groupes sont aujourd’hui actifs à Dekese et mobilisent déjà une épargne moyenne de plus de 1 800 dollars américains, preuve que les initiatives économiques locales gagnent progressivement en solidité.

 

Une forêt protégée, un avenir partagé

 

À la Salonga, les résultats de cette année racontent bien plus qu’une succession de réalisations.

Ils illustrent une vision de la conservation où protéger la biodiversité ne signifie pas mettre la forêt sous cloche, mais investir dans des institutions plus fortes, des infrastructures durables, des équipes mieux préparées et des communautés davantage associées à la gestion de leur patrimoine naturel.

Dans un contexte où les forêts du bassin du Congo jouent un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité mondiale, chaque pont construit, chaque écogarde formé, chaque agriculteur accompagné ou chaque bonobo habitué contribue à écrire une même histoire : celle d’un parc qui se donne les moyens de protéger durablement un patrimoine naturel d’importance planétaire, tout en créant de nouvelles opportunités pour celles et ceux qui vivent à ses portes.

Comme le souligne Luis Arranz, Directeur du Parc : « chaque réalisation compte, mais c’est leur complémentarité qui fait la différence. Notre objectif est de construire, dans la durée, un parc capable de protéger durablement son patrimoine naturel tout en créant des opportunités pour les communautés riveraines »

À la Salonga, la conservation ne se limite plus à préserver la nature. Elle construit, pas à pas, les conditions d’un avenir partagé entre les femmes, les hommes et la forêt.